Depuis le début de la semaine, 2022mag consacre une nouvelle série aux grands gardiens de but du football arabe. Quatrième étape : Allal, le Marocain héros de la CDM 1970 face à la RFA…
Quand il est décédé, en 2013, à l’âge de 72 ans, le Maroc entier a pleuré sa disparition, alors qu’il vivait, presque anonyme, à Salé. Sa vie, c’était celle d’un gardien fidèle à un seul club, les Forces Armées Royales (FAR) de Rabat, dont il a porté le maillot à plus de 500 reprises après l’avoir rejoint en 1959. A 20 ans, il devient titulaire dans le but du club militaire et commence une belle histoire avec ce club qu’il va aider à remporter sept championnats (1961, 1962, 1963, 1964, 1967, 1968, 1970) et deux Coupes du Trône.
Sa carrière internationale sous le maillot marocain débute en juillet 1963, en éliminatoire de la CAN 1965, par une victoire (4-2) face à la Tunisie. 61 sélections en A suivront ces débuts réussis. Allal est sobre, discipliné et commande bien sa défense. Il participe dans la foulée aux Jeux olympiques de Tokyo (1964) qui se soldent par deux défaites contre la Hongrie (0-6) puis la Yougoslavie (1-3).

Sur le plan continental, avec les FAR, il sera de l’aventure de la Coupe des clubs champions 1968. Les FAR franchissent trois tours (écartant notamment le Foyer France (SEN) et les Stationery Stores (NGA) avant d’affronter le TP Englebert (futur Mazembe) en demie. Après un nul 1-1 à l’aller, Allal et ses coéquipiers finiront par baisser pavillon 3-1 au retour face aux futurs vainqueurs de cette C1 et champions sortants (1967) de la compétition. Ce sera son seul fait d’armes continental en club.
La décennie 1960, il faut dire, est un peu celle des années de disette pour le football marocain et notamment, son équipe nationale, particulièrement peu présente à la CAN. En 1970 cependant, et sous la conduite de l’ancien gardien yougoslave devenu sélectionneur, les Lions de l’Atlas se qualifient pour la Coupe du monde 1970. Allal a 29 ans et va livre à cette occasion un tournoi globalement satisfaisant : une courte défaite à Leon face à la RFA (1-2) championne d’Europe, et un nul contre la Bulgarie (1-1) pour ce qui reste le tout premier match nul d’une équipe africaine en phase finale de CDM. Le match perdu contre la RFA a beaucoup fait pour sa notoriété, lui qui écoeura Uwe Seeler, Gerd Müller et Franz Beckenbauer, malgré une blessure à la cheville. Il sera aussi du naufrage quelques jours plus tôt face à un impressionnant Pérou (0-3). Qu’importe puisque Allal a dignement représenté le Royaume, les FAR et la sélection. Au Mexique, il est aussi devenu le deuxième gardien de but arabe à disputer une phase finale de CDM en 1970, après l’Egyptien Kamel Mansour (1934). Il terminera 7e du premier Ballon d’or africain créé par l’hebdomadaire « France Football » en 1970.
1972 marque la fin de la carrière de ce joueur exemplaire qui, réserviste, fera partie de la sélection qualifiée pour le tournoi olympique de Munich, et disputa la 2e phase. Entre temps, il a pris également une part active sur le terrain à la CAN 1972 au Cameroun. Cette édition voit le Maroc se faire sortir dès le premier tour à l’issue de trois matches nuls, respectivement contre le Congo, le Zaïre et le Soudan. A 31 ans, l’heure de la retraite footballistique internationale a sonné pour ce militaire de carrière qui fut sergent dans l’armée royale. Il raccrochera les crampons définitivement quelques années plus tard, à l’issue de la saison 1976-77, alors âgé de 37 ans. Mais c’est pour mieux se consacrer au métier d’entraîneur des gardiens, avant de tâter, sans grande réussite, de métier de coach tout court plus tard à l’Ittihad Khemisset et au Moghreb de Tétouan. En 1995, il y terminera sa carrière de technicien, bouclant ainsi la boucle, selon l’expression consacrée. A-t-il inspiré son cadet Badou Zaki ? On peut l’imaginer.
Allal Benkassou est décédé le 29 octobre 2013 à l’hôpital militaire de Rabat. En 2006, la Confédération africaine de football l’avait choisi parmi les 200 meilleurs footballeurs du continent des cinquante dernières années.
@Samir Farasha
Vous retrouverez demain le 5e épisode de la saga des grands gardiens du football arabe, consacré à l’Omanais Ali Al-Habsi